Le règne de l'information brute ... ou la démission de l'analyse journalistique. Je constate de plus en plus souvent un traitement superficiel de l'information internationale. C'est le cas pour les médias gratuits, pour les médias traditionnels, mais moins pour les chaînes culturelles ou spécialisées. Si l'information est le pouvoir, nous assistons presque quotidiennement à une communication orientée de la part de plusieurs dirigeants de grands pays situés à l'Est qui manient la désinformation et la mauvaise foi avec brio. Par leur omniprésence dans nos médias, sans sérieuse mise en perspective des propos ou analyse de ce qui se trame dans les coulisses, nous donnons du pouvoir à ces manipulateurs. Et malheureusement, nous entendons peu de discours humanistes en retour. Les valeurs démocratiques semblent subir une sorte de léthargie chronique, sorte de fatalité face à la violence de notre monde contre laquelle il ne semble plus nécessaire de se dresser.
Même s'ils bafouent les principes de l'État de droit, les "hommes forts" de tel ou tel pays plaisent à certains. Les dirigeants de ces "démocratures" - élus démocratiquement mais n'hésitant pas à se comporter en dictateur -, donnent la leçon au reste du monde. Sans tomber dans l'excès de la censure, n'est-il pas possible de limiter la possibilité pour ces despotes d'influencer nos opinions publiques et de créer des troubles qui servent leurs objectifs ? Au nom de la liberté d'expression, nous laissons l'extrême droite s'exprimer largement dans nos médias. Je pense ici à la France. Comment s'étonner dès lors d'une réaction de repli sur soi et de montée du populisme? Pour combien d'années encore les français vont-ils voter front national au premier tour des élections présidentielles? N'y a-t-il aucune autre alternative aux yeux de l'homme de la rue ?
Oui, l'information est le pouvoir. Nos concitoyens peuvent être influençables et manquer parfois de discernement. Nos médias ont une grande responsabilité, celle de nous fournir une information de qualité, recoupée, analysée de manière critique et qui ne se complaît pas dans la polémique. Et je pense qu'il y a du travail pour revenir à une situation acceptable. À l'heure de l'impact de plus en plus important sur nos opinions publiques des réseaux sociaux - dont je trouve certains aspects très positifs; nous avons besoin de sources fiables pour rester bien informé. Toutes les sources ne se valent pas. Trop influencés par une société de l'apparence et de l'immédiateté, nous risquons de réagir de manière émotionnelle et sans la distance nécessaire dont nous avons besoin par rapports aux évènements.
Nous pensons être bien informés puisque, en apparence, l'information est partout, mais l'abondance ne signifie pas la pertinence. Il est important de garder un oeil critique sur ce que l'on nous sert, en particulier en période de troubles sociaux suscitant beaucoup d'émotions ou en période électorale. Je pense que l'homme de la rue se rend à peine compte à quel point beaucoup d'événements sont instrumentalisés, et sont simplement présentés de façon brute. Ceci ayant pour conséquence de propager la désinformation jusqu'à nos oreilles, puisque les filtres critiques sont absents. Je me pose cette question : L'information neutre, vantée par les chaînes d'information en continu, existe-t-elle vraiment ?
Mais il n'y a pas de complaisance, simplement un manque de rigueur journalistique et de perspicacité. Je plaide donc pour un discernement plus grand dans les contenus diffusés afin de ne pas subir les conséquences de cette guerre de l'information. Je suis impatient de retrouver au journal télévisé des reportages de journalistes d'investigation, des débats avec des invités qualifiés pour saisir les enjeux derrière les accusations et les faux-semblants. Faisons vivre nos valeurs humanistes en cultivant notre sens critique.