La suite de Blade Runner
Mon impression
Esthétique, onirique, captivant, intrigant, intelligent, Blade Runner 2049 fera date. Tout comme le film éponyme de Ridley Scott, il fera partie des incursions plausibles dans notre futur, comme une vision dystopique de l'avenir. D'un bout à l'autre du film, le scénario délivre les pièces d'un puzzle complexe, qui demande toute notre attention. C'est un film lent mais qui ne lasse pas car, à l'instar du premier long métrage, il nous incite à nous poser des questions sur la définition de ce que signifie être humain. Question centrale dans l'oeuvre géniale du romancier Philip K. Dick.
Le film se veut un complément au premier par la continuité de l'histoire des personnages, mais aussi par l'intégration de nouvelles technologies : en complément des androïdes, de plus en plus humains, les hologrammes de compagnie font leur apparition dans la vie de chacun et sont plus vrais que nature. Les effets spéciaux donnent corps à une délicate scène d'amour. Du côté des points faibles, la longueur un peu excessive (2h40) et le choix d'une bande son tonitruante, parfois agressive, dépourvue d'émotions, et ceci malgré la participation au casting du grand Hans Zimmer. On est malheureusement loin de l'atmosphère délicieusement mélancolique du maître Vangelis.
L'histoire
Trente ans après les évènements du premier volet, Los Angeles est dans une situation écologique catastrophique: entre un territoire contaminé par la radioactivité, des déchets à perte de vue et une mer qui menace de la submerger, la mégalopole est surpeuplée et bruyante. Les habitants qui n'ont pas eu la chance d'émigrer vers les colonies de l'espace sont condamnés à survivre grâce aux aliments génétiquement modifiés de la compagnie Wallace. La société s'est encore durcie et les androïdes sont devenus obéissants, car les derniers Nexus 8 sont presque tous "retirés". Mais la découverte d'une anomalie sur des os exhumés risque de tout faire basculer. Dès lors, la police decide de maintenir le secret sur cette découverte qui pourrait entraîner la société dans le chaos.
La thématique principale du film est centrée sur la possibilité pour les androïdes de procréer, ce qui amènerait ces derniers à ne plus se laisser traiter en esclave, car devenus semblables aux humains, et à se rebeller. Un sujet très fort, assurément. C'est suite au "retrait" d'un Nexus 8 que l'agent "K", notre jeune blade runner, va remonter la piste de Rachel et de Deckard. Il va devenir l'instrument de la société Wallace, qui tient sous sa coupe la police de L.A., et dont l'objectif est de retrouver "l'enfant". Par ailleurs, K sera surveillé par un groupe de nouveaux androïdes aux ambitions révolutionnaires. S'ajoute à cela, la quête d'identité de notre héros qui cherche à savoir si ses souvenirs d'enfance sont réels ou ne sont que de vulgaires implants mémoriels. Le film se conclut sur une note touchante.
Les dialogues
Rien de superflu dans les échanges, des clés de compréhension placés aux bons moments, quelques non-dits, des paroles presque mystiques dans la bouche de Wallace, le patron et gourou de la société fabricant les nouveaux androïdes. Une tension dramatique qui s'exprime aussi par l'intensité des regards. Parmi les dialogues forts du film, je retiens ces 3 échanges :
- Les nouveaux androïdes insoumis déclarent : "Mourrir pour une bonne cause est l'acte le plus humain qu'on puisse poser. Plus humain que l'humain."
- Lorsque Deckard justifie sa longue absence : "Parfois, lorsqu'on aime quelqu'un, il vaut mieux devenir un étranger."
- Compliment de l'agent K à son séduisant hologramme : "L'ADN humain est composé de 4 bases, toi tu es composée de 0 et de 1. Deux fois moins, mais deux fois plus élégante."
Le réalisateur
Avec cette suite qui revisite entièrement le film de 1982, Denis Villeneuve réussit un tour de force dont peu de réalisateur peuvent se targuer. Aidé par le scénariste du premier opus Hampton Fancher, il délivre un résultat totalement juste et démontre une parfaite maîtrise des thématiques de Blade Runner. On ne compte plus les rappels, clins d'oeil et liens directs avec le scénario du premier film. Le canadien m'avait déjà impressionné avec "The arrival" proposant une approche originale du contact extraterrestre et une dimension visuelle remarquable. Il fait désormais partie de mes réalisateurs favoris avec Ridley Scott, Christopher Nolan ou encore Terrence Malick. Villeneuve s'impose de fait dans le domaine de la science-fiction d'une très belle manière. Du cinéma de cette qualité, on en veut tous les jours.
J'ai pu assister à la première mondiale du film au Kinepolis de Bruxelles, en présence du journaliste cinéma Hugues Dayez dont voici la critique enthousiaste.
Ce qu'en dit la presse : La Libre, Cinefilm, Première, Le Figaro, Le Point, Le Monde, Numerama.

