Le système détraqué de Spotify: comprendre comment nous sommes tous dupés
"Elles sont séduisantes, modernes et pratiques. Depuis leur émergence il y a une vingtaine d’années, les plateformes de streaming n’ont cessé de grignoter des parts de marché d’une industrie musicale qu’elles ont révolutionnée. Mais derrière leur technologie, la promesse est-elle vraiment tenue ? Avec quelles conséquences pour les revenus des artistes, et leurs conditions de travail ? Au-delà de l’illusion de liberté, les Spotify, Deezer et autres Apple Music sont devenues les nouvelles radios commerciales.
Les choses ont bien changé depuis le début des années 2000 : 150 millions de CD s’écoulaient en France chaque année ; en 2018, les Français n’en achètent plus que 24 millions, selon le Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP). Le streaming est passé par là. Proposant un accès presque illimité aux musiques (du monde entier) à un prix relativement bas, les plateformes vendent une forme d’idéal. Pourtant, à y regarder de près, la réalité est moins reluisante. Concrètement, cette dématérialisation de la musique et des artistes que nous écoutons pose deux problèmes, au minimum : son impact environnemental d’abord et celui sur les revenus de ces mêmes artistes, ensuite.
L’ADAMI, l’organisme de gestion des droits des artistes interprètes, précisait fin 2020 que 46 centimes seulement reviennent aux artistes quand un abonné verse 9,99 euros par mois à Spotify. En théorie, et cela dépend de la plateforme, le taux de rémunération par écoute varie de 0,0019 à 0,0145 euros, selon le quotidien Libération. Objectivement une misère, qui a donc fait la fortune considérable de l’avisé Daniel Ek, PDG de Spotify. Dans la pratique, il y a un autre problème. De taille : l’argent reversé par les plateformes aux artistes ne l’est pas en fonction des écoutes de chaque utilisateur, ce qui a priori semble un système juste. En réalité, ce sont les plus « streamés » qui profitent du jackpot au détriment des autres. Ainsi, la rémunération de chacun dépend surtout de sa place dans « l’écosystème » commercial des services de streaming, plus que du choix de chaque abonné. Par ces mécaniques favorisant la concentration des revenus, la promesse de départ (une diversité inégalée construisant une offre encourageant la découverte) n’est pas tenue. En réalité, les algorithmes des plateformes poussent non seulement certains artistes mais aussi certains genres. Le rap et l’électro en particulier sont favorisés.
Une double décennie après son apparition, le streaming est donc devenu la nouvelle puissance dominante, que ce soit pour la musique seule ou les vidéos. Il est d’ailleurs le premier moteur de trafic sur Internet. Parallèlement à son avènement, l’impact et le coût environnemental des produits culturels n’a jamais été aussi mauvais, alors que les ressources que les artistes en retirent n’ont jamais été aussi faibles. Grâce à leurs algorithmes, leurs applications et recommandations, les plateformes se sont transformées en programmateurs, à l’image des radios musicales des années 80. Elles orientent et concentrent les écoutes sur les genres les plus commerciaux, confortant une standardisation loin de la diversité d’un Internet libre et fantasmé. Fortes de leur domination sur l’industrie de la musique, elles pressurisent et précarisent un peu plus les artistes. Enfin, elles tirent un bénéfice des données personnelles de leurs abonnés."
Source : Extrait remaniés d'un excellent article de Blast, Streaming: le prix d'une illusion
Voir aussi: #DeleteSpotify, quand les internautes se rebellent contre la désinformation
Voir aussi l'article de La Libre sur le choix entre l'argent ou la protection contre la désinformation du patron de Spotify.
Vidéo explicative et humoristique de Trevor Noah
Vidéo pour le soutien des musiciens


