Les méthodes des mouvements populistes dévoilées
"Révélations sur les procédés et les techniques à l'origine du nouveau populisme. "Le carnaval, disait Goethe en parcourant les rues de Rome, est une fête que le peuple se donne à lui-même." Un peu partout, en Europe et ailleurs, la montée des populismes se présente sous la forme d'une danse effrénée qui renverse toutes les règles établies et les transforme en leur contraire.
Aux yeux de leurs électeurs, les défauts des leaders populistes se muent en qualités. Leur inexpérience est la preuve qu'ils n'appartiennent pas au cercle corrompu des élites et leur incompétence, le gage de leur authenticité. Les tensions qu'ils produisent au niveau international sont l'illustration de leur indépendance et les fake news, qui jalonnent leur propagande, la marque de leur liberté de penser.
Dans le monde de Donald Trump, de Boris Johnson et de Matteo Salvini, chaque jour porte sa gaffe, sa polémique, son coup d'éclat. Pourtant, derrière les apparences débridées du carnaval populiste, se cache le travail acharné de dizaines de spin-doctors, d'idéologues et, de plus en plus souvent, de scientifiques et d'experts du Big Data, sans lesquels ces leaders populistes ne seraient jamais parvenus au pouvoir.
Ce sont ces ingénieurs du chaos, dont Giuliano da Empoli brosse le portrait. Du récit incroyable de la petite entreprise de web-marketing devenue le premier parti italien, en passant par les physiciens qui ont assuré la victoire du Brexit et par les communicants qui ont changé le visage de l'Europe de l'Est, jusqu'aux théoriciens de la droite américaine qui ont propulsé Donald Trump à la Maison Blanche, cette enquête passionnante et inédite dévoile les coulisses du mouvement populiste global.
Il en résulte une galerie de personnages hauts en couleur, presque tous inconnus du grand public, et qui sont pourtant en train de changer les règles du jeu politique et le visage de nos sociétés."
Source: Résumé du livre Les ingénieurs du chaos de Giuliano da Empoli chez JC Lattès en 2019.
Comme suggéré par l'auteur à la page 186 du livre, regardez la bande annonce du film Brexit.
Les internautes se liguent contre le ciblage publicitaire de Facebook
"La Cour d’appel du Québec (Canada) a approuvé un recours collectif contre Facebook, accusant le réseau social de discrimination sur l’âge, le genre ou l’origine dans son ciblage publicitaire, a indiqué mercredi l’avocate des plaignants. Le géant californien des réseaux sociaux pourrait devoir payer des dommages à des milliers de Québécois qui ont utilisé depuis 2016 la plateforme pour chercher emplois et logements et se seraient vus cacher des annonces en raison de ces critères discriminatoires. [...]
Selon CBC News, la plainte porte sur une stratégie publicitaire précise, celle du microciblage. On traduit : bien que les annonces apparaissent identiques à toutes les autres, elles ont été en réalité conçues pour ne figurer que dans les fils d’actualité Facebook de personnes précises, au profil recherché. Par conséquent, dans certains cas, une femme peut ne pas voir une annonce visant les hommes. "La discrimination algorithmique qui empêche certains groupes de personnes, comme les femmes et les travailleurs plus âgés, de recevoir des annonces d’emploi n’est qu’une forme moderne du même type de discrimination qui est interdit en vertu de la Charte québécoise", a déclaré l’avocate dans un courriel."
Source: article de La Libre
La nécessité de développer une hygiène numérique
"Quelques acteurs du numérique, privés ou étatiques, influencent largement notre vision du monde en favorisant du contenu orienté socialement ou politiquement. Ils nous procurent un sentiment de colère ou de confort pour rendre le message ou la publicité qui l'accompagne plus attractif, addictif, viral. Et comme pour tous virus, nous devons nous immuniser. Pour le digital, j'appelle cela l'hygiène numérique. Nous ne pouvons lutter contre l'influence de pays tiers ou de la prééminence des GAFAM. Mais nous pouvons tous en limiter les impacts pour nous et nos proches.
Cela commence par comprendre comment se déroule la transmission de la désinformation, notre rôle dans le processus et également comment on nous manipule. Puis viennent les petits gestes simples qui permettent de limiter les risques d'exploitation abusive de nos données personnelles. Désactiver la géolocalisation, ne pas faire confiance à tous ces petits programmes inconnus, ne pas donner son avis sur tout, vérifier à quelles applications tierces vous avez donné quelles autorisations, et toujours douter de ce qui circule sur internet si cela ne vient pas d'une source journalistique connue.
N'utilisez pas systématiquement vos comptes Google ou Facebook pour vous connecter à des sites tiers au risque qu'ils en sachent encore plus sur vous. Supprimez régulièrement vos données chez ces acteurs. Bref, changez de paradigmes en ne disant pas "j'accepte" systématiquement, mais "je refuse" sauf si la confiance s'impose. Méfiez-vous des informations transmises par vos proches car, dans ce domaine, seule compte la source journalistique ou scientifique d'un média ou d'un organisme clairement identifié et connu. Optez pour des outils ou des services alternatifs mais performants et n'hésitez pas à faire respecter vos droits grâce au RGPD.
Bref, (re)devenez ce citoyen engagé qui, sans forcément changer le monde, y contribue."
– Vincent Courboulay, ingénieur La Rochelle Univ. Extrait tiré de son livre « Vers un numérique responsable », pp. 152-153. Illustration de couverture.
Les souhaits pour l'année 2023
Les mouvements sociaux utilisent massivement les technologies numériques
"Les mouvements sociaux à travers le monde utilisent massivement les technologies numériques. Zeynep Tufekci était présente sur la place Tahrir et en Tunisie lors des printemps arabes, à Istanbul pour la défense du parc Gezi, dans les rues de New York avec Occupy et à Hong-Kong lors du mouvement des parapluies. Elle y a observé les usages des téléphones mobiles et des médias sociaux et nous en propose ici un récit captivant. Les réseaux numériques permettent de porter témoignage et d'accélérer les mobilisations. Ils aident les mouvements à focaliser les regards sur leurs revendications. Cependant, l'espace public numérique dépend des monopoles de l'économie du web. Leurs algorithmes, choisis pour des raisons économiques, peuvent alors affaiblir l'écho des contestations.
Au delà de leur puissance pour mobiliser et réagir, faire reposer la construction des mouvements sur ces technologies fragilise les organisations quand il s'agit de les pérenniser, quand il faut négocier ou changer d'objectif tactique. De leur côté, les pouvoirs en place ont appris à utiliser les médias numériques pour créer de la confusion, de la désinformation, pour faire diversion, et pour démobiliser les activistes, produisant ainsi résignation, cynisme et sentiment d'impuissance. Une situation qui montre que les luttes sociales doivent dorénavant intégrer dans leur stratégie les enjeux de l'information et de la communication aux côtés de leurs objectifs spécifiques.
Zeynep Tufekci est professeure à l'Université de Caroline du Nord (Etats-Unis). Née en Turquie, elle a débuté comme développeuse informatique avant de s'intéresser aux sciences humaines et sociales. Elle se définit dorénavant comme une « techno-sociologue ». Chroniqueuse régulière pour The Atlantic et The New York Times, ses interventions lors des conférences TED sont largement diffusées et montrent sa capacité à captiver un public en soulevant des questions essentielles sur les usages des médias sociaux."
Source: quatrième de couverture du livre "Twitter & les gaz lacrymogènes: Forces et fragilités de la contestation connectée" de Zeynep Tufekci.



