Les alliances avec les non-humains pour préserver l’habitabilité sur Terre
"Dans l’aire culturelle amérindienne, l’idée d’alliance avec des vivants non-humains est omniprésente. Chez nous, dans la tradition moderne, depuis quelques siècles, elle a été ridiculisée, on considère qu’on ne peut avoir d’alliance qu’avec des créatures dotées de rationalité, qui peuvent passer contrat. Pourtant, il y a une capacité des vivants à agir sur le monde de manière à favoriser son habitabilité. Les végétaux, les pollinisateurs, la faune des sols, les vers de terre rendent la terre habitable.
Donc il devient urgent de penser qu’on n’est plus dans une situation où l’on peut bénéficier de ce qu’ils font en le prenant comme un donné, en l’exploitant et en le détruisant, pour explorer désormais un autre style de relation dans lequel on peut passer des alliances avec eux, en reconnaissant l’importance de leur action et en la valorisant. [...]
La crise écologique contemporaine est d’abord une crise de l’économie extractiviste, de la dérive de la mondialisation capitaliste, on sait tout ça. C’est aussi une crise des diversités du monde vivant. Et enfin c’est une crise de nos relations au vivant lui-même.
On hérite d’une conception de la vie sur Terre comme passive, sur le modèle d’une sorte de cathédrale qui serait soumise à l’entropie et qu’il faudrait réparer tout le temps, comme une liste d’espèces inertes et vulnérables qu’il faudrait à tout prix protéger. C’est une conception erronée. La vie sur Terre s’organise, se recrée, se reconstitue, se régénère et conséquemment, c’est une alliée de première force quand il s’agit de protéger l’habitabilité de ce monde. Parce que dès qu’on lutte contre les forces de destruction, la vie a une capacité spontanée à reprendre, à rayonner, à irradier. [...]
Nous sommes à un moment pivot dans notre rapport au monde vivant et au monde humain, qui est analogue à ce qu’ont pu être la Renaissance ou les Lumières. Les cadres de pensée dont nous avons hérité se sont effrités et nous sommes à l’orée d’inventer de nouveaux rapports avec le monde vivant, une nouvelle compréhension de ce qu’on appelait la nature, une nouvelle pensée de l’action technique qui permettrait de vivre de manière soutenable sur Terre."
Source : propos de Baptiste Morizot, philosophe. Extraits choisis d'un article de Reporterre


