Le temps consacré aux machines est perdu pour les relations humaines
"Les interactions avec des ordinateurs et autres robots n’ont jamais été aussi élevées : aux “Dis Siri” et “Ok Google” se sont ajoutés les “Bonjour ChatGPT” et “Hello Bard”, sans compter sur les centaines de milliers d’utilisateurs d’applications comme Replika par exemple. Pour rappel, Replika est un agent conversationnel basé sur une technologie proche de celle derrière ChatGPT et qui permet de se créer une sorte de compagnon imaginaire avec qui discuter. Vous pouvez lui donner certains traits de caractère et l’algorithme en “développera de nouveaux” basés sur les interactions que vous aurez avec lui. Certains utilisateurs cherchent juste à se créer une personne avec qui discuter, d’autres un ou une partenaire de vie dont ils avouent tomber amoureux. Mais derrière le succès commercial de cette entreprise se dessine un succès bien plus terrible : celui de la solitude qui ronge nos sociétés. En effet, le temps passé à “chatter” avec votre réplique d’un être humain est un temps qui n’est pas passé à socialiser, à débattre, à charmer, à rire avec d’autres membres de notre espèce.
Des études menées aux États-Unis rappelaient récemment que la solitude prolongée était aussi nocive pour la santé que l’obésité ou le fait de fumer 15 cigarettes par jour. [...] Les jeunes qui utilisent les réseaux sociaux et applications de conversation plus de deux heures par jour ont deux fois plus de chance de montrer des symptômes de dépression que des individus y passant moins de 30 minutes quotidiennement. [...] Ces interminables discussions, les yeux rivés sur un écran et les pouces qui s’agitent, empêchent toute prise de recul car elles empêchent ce moment où rien ne se passe et où l’esprit vagabonde. Cette épidémie de solitude vient peut-être du fait que, précisément, ces moments d’inactivité nous effraient et qu’un “Bonjour ChatGPT” nous permet si facilement de les annihiler."
Source : extraits choisis d'une chronique de La Libre de Louis de Diesbach, éthicien de la technique, consultant au Boston Consulting Group et auteur. Voir aussi son nouveau livre "Bonjour ChatGPT".
L'usage excessif des écrans par les jeunes est problématique
"Troubles du comportement, déficits intellectuels, problèmes de santé… : l’usage généralisé du numérique par les jeunes est lourde de conséquences. Première synthèse des études scientifiques sur le sujet, ce livre est celui d'un homme en colère. « Ce que nous faisons subir à nos enfants est inexcusable. Jamais sans doute, dans l’histoire de l’humanité, une telle expérience de décérébration n’avait été conduite à aussi grande échelle », estime Michel Desmurget. La conclusion est sans appel : attention écrans, poisons lents !
Extrait 1 : « Le message de la littérature scientifique disponible est clair, cohérent et indiscutable : plus les élèves, lycéens, collégiens et étudiants consacrent de temps à leurs joujoux numériques et plus leur niveau scolaire baisse. Jamais sans doute, dans l’histoire de l’humanité, une telle expérience de décérébration n’avait été conduite à aussi grande échelle. »
Extrait 2: « Si vous voulez assurer l’acquisition et la maîtrise du langage chez l’enfant : éloignez-le des écrans, parlez-lui, lisez-lui des histoires et offrez-lui des livres ; et si vraiment les romans ne passent pas, essayez les bandes dessinées dont la richesse langagière est souvent stupéfiante. »
"La lecture pour le plaisir est un antidote majeur à l’émergence du « crétin digital ». Des centaines d’études montrent le bénéfice massif de cette pratique sur le langage, la culture générale, la créativité, l’attention, les capacités de rédaction, les facultés d’expression orale, la compréhension d’autrui et de soi-même, ou encore l’empathie, avec, in fine, un impact considérable sur la réussite scolaire et professionnelle. Aucun autre loisir n’offre un éventail de bienfaits aussi large. À travers la lecture, l’enfant nourrit les trois piliers fondamentaux de son humanité : aptitudes intellectuelles, compétences émotionnelles et habiletés sociales. La lecture est tout bonnement irremplaçable. Michel Desmurget montre que nos enfants lisent de moins en moins, rejette l’idée qu'un écolier sait lire quand il sait déchiffrer et rappelle que lire c’est comprendre. Enfin, tout en reconnaissant l'importance de l'école, il souligne le rôle essentiel du milieu familial pour susciter puis entretenir le goût de la lecture chez l’enfant."
Sources : 4eme de couverture des livres de Michel Desmurget, docteur en neurosciences et directeur de recherche à l’INSERM.
Pour éviter La fabrique du crétin digital, alors Faites-les lire !
Dans un sketch parodique de 1991, Les Inconnus plaisantaient avec ces paroles de chanson : "Je sais pas comment te dire ce que je peux pas écrire, faudrait que j'invente des mots qu'existent pas de la dico..." Eh bien, 30 ans plus tard, c'est le cas !
Ecoutez également l'émission "La tyrannie du divertissement" du podcast Trendspotting
Les souhaits pour l'année 2024
La conviction que nous résidons dans les mains de la Vie
"En équilibre précaire entre l’infiniment grand et l’infiniment petit, l’être humain est projeté dans la vie un peu comme une bille dans un jeu de flipper sans que l’on ne lui donne vraiment ni les règles, ni le sens, ni même son réel degré d’autonomie. Formaté par son environnement et son éducation, il forge peu à peu sa personnalité au hasard des personnes et des événements que la vie lui fait rencontrer. Après l’innocence de son enfance et la relative insouciance de sa jeunesse, il prend petit à petit conscience qu’il vit dans un monde menacé et menaçant, crucifié par des guerres, des maladies, des catastrophes, de la misère, bref des horreurs les plus diverses. Il a enfin à affronter sa propre finitude : tôt ou tard, avec ou sans préavis, ce sera “Tilt !, Game Over !”. La société actuelle aussi bien que son propre instinct de survie l’incitent à ne pas trop penser à tout cela, même le plus souvent à l’ignorer.
Comme Camus, notre raison s’affole et se révolte devant l’absurdité du monde tel que notre raison le perçoit. Cependant notre raison ne dit pas tout, loin s’en faut. Pascal l’a bien explicité en son temps avec sa célèbre maxime : “le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas”. Ce qui a de plus important dans nos vies (l’amour, la beauté, la bonté, l’amitié, la solidarité, la compassion, la spiritualité, les arts, la musique en particulier), nous touche souvent, nous bouleverse parfois et pourtant, ne relève que bien peu de notre raison. Toutes ces valeurs résonnent avec notre vie intérieure, notre intimité la plus profonde. [...] Toutes ces valeurs irrationnelles et immatérielles fondent notre humanisme, subliment la condition d’animal que nous sommes aussi et nous séparent radicalement du monde des machines, si artificiellement intelligentes qu’elles puissent être. [...]
Si nous cherchons vraiment à aller jusqu’au bout de nous-mêmes, peut-être s’installera en nous alors une folle espérance, pas d’abord la réalisation des espoirs ou des souhaits que nous pouvons entretenir pour l’un ou l’autre d’entre nous, mais surtout une confiance pure et désintéressée en l’avenir, bref une intime conviction que nous sommes dans les mains de la Vie."
Source: extraits choisis d'un article de La Libre par Yves Genin, professeur émérite UCL



