La déferlante de crédulité versus l’éducation à la pensée méthodique (partie 2)
« Cette activité des minorités croyantes dans tous les domaines a pour effet immédiat d’organiser une confusion permanente entre la visibilité de l’information et sa représentativité. Il ne s’agit pas d’interdire à ces minorités de s’exprimer mais de s’interroger sur notre apathie collective. Le manque de motivation moyenne du citoyen ordinaire face à cette déferlante de crédulité est une des clés du problème. […] La solution du problème est en chacun de nous. Si chaque citoyen raisonnable acceptait de consacrer quelques minutes de son temps hebdomadaire à répondre aux âneries qui se répandent sur les réseaux sociaux, les forums et ailleurs, on contrebalancerait le poids des croyants qui eux militent de cette façon quotidienne. En ce domaine, la politique de la chaise vide n’est pas la bonne. C’est donc à une nouvelle forme de militance citoyenne qu’il faut en appeler. […]
J’ai pu montrer […] que sur beaucoup de sujets, lorsque l’on utilise Google […], 60 à 70% de sites qui apparaissent dans les trente premiers résultats défendent la croyance plutôt que la science. Dans ces conditions, les « indécis » ont toutes les chances de se laisser influencer par la façon dont le rayonnage de ce supermarché de l’information est achalandé. […] Les algorithmes qui confèrent une saillance à certaines propositions intellectuelles plutôt que d’autres doivent être repensés en profondeur. Il s’agit en quelque sorte de leur implémenter des dispositifs normatifs, de la moralité, car ces algorithmes ne sont certainement pas neutres mais la conséquence de leur activité est encore partiellement impensée. […]
Mais de toutes les solutions qu’on peut imaginer pour limiter l’impérialisme de la crédulité, celle qui est la plus satisfaisante concerne l’éducation des esprits. Cette question est d’autant plus essentielle que cet impérialisme touche les jeunes qui s’informent sur Internet et ont tendance à croire plus facilement que les autres classes d’âge ce qu’ils y lisent. Des mesures doivent être prises pour accompagner cette révolution sur le marché de l’information d’une révolution pédagogique, afin de doter ces jeunes citoyens d’une « boussole » leur permettant de s’orienter dans cet océan de données. »
Source : extraits choisis du dernier chapitre du livre « Déchéance de rationalité » de Gérald Bronner chez Grasset, 2019.
Gérald Bronner est professeur de sociologie à l'université de Paris-Diderot, membre de l’Académie des technologies et de l’Académie nationale de médecine.















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