Samedi, 19H25. “Nous avons un accord”, proclame le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius. L’instant est solennel. Le président François Hollande s’est personnellement déplacé, ainsi que le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon, pour appeler les délégués des 195 pays présents dans la salle à prendre leurs responsabilités. Laurent Fabius se lance avec conviction dans un vibrant plaidoyer pour que les délégués avalisent cet accord “nécessaire pour le monde entier et chacun de nos pays”. Ce texte, enchaîne-t-il, constitue “le meilleur équilibre possible”. “Chacun peut rentrer chez lui la tête haute.” Au-delà du climat, souligne-t-il, il servira des grandes causes: les droits de l’homme, le développement des pays les plus pauvres... “et, enfin, la paix”. “La crédibilité du multilatéralisme pour faire face aux grands problèmes mondiaux est en jeu.” Une remarque lourde de sens dans le contexte actuel.
“L’accord ne sera un succès pour personne si chacun le lit à la lumière de ses propres intérêts”, surenchérit le locataire de l’Elysée, conjurant la salle à adopter cette proposition. “Il est rare dans une vie d’avoir l’occasion de changer le monde. Cette chance, vous l’avez. Saisissez-là !”. La pression sur les Etats est maximale. Celui qui bloque s’expose au blâme de l’opinion mondiale. Tout n’est pas joué pour autant. La veille en effet, les délégations étaient retombées dans leurs vieux travers, ressortant les arguments qui maintiennent le processus dans l’ornière depuis de nombreuses années. Les pays pauvres veulent pouvoir poursuivre leur développement et des garanties sur les moyens financiers que leur ont promis les pays riches pour y parvenir. Les pays riches veulent que les efforts de réduction de émissions s’imposent à tout le monde, en particulier à leurs concurrents économiques directs que sont les grands émergents.
Le président des Etats-Unis Barack Obama a salué samedi l'adoption d'un accord "fort" et "ambitieux" sur le climat à Paris susceptible de marquer un tournant dans la lutte contre le changement climatique. "De plus, cet accord est un signal puissant pour dire que le monde est résolument tourné vers un avenir à bas carbone", a-t-il encore dit, jugeant que cela devrait encourager les investissements et l'innovation dans les énergies propres "à un rythme sans précédent".
Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis, déclarait ce samedi sur son site web : “Today, the nations of the world concluded a bold and historic agreement, clearly demonstrating that the global community is speaking with one voice to solve the climate crisis. Years from now, our grandchildren will reflect on humanity’s moral courage to solve the climate crisis and they will look to December 12, 2015, as the day when the community of nations finally made the decision to act."
Alors que la majorité des observateurs tirait cette conclusion : « Les choses ne font que commencer », après la publication de l'accord final sur le climat. Relativement ambitieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre à long terme, le texte laisse en réalité aux Etats le soin de prendre les mesures qui s'imposent pour concrétiser ces ambitions. Libre à eux de revoir ou non à la hausse les engagements nationaux («contributions volontaires» en langage onusien) qu'ils avaient annoncés avant le sommet et ceux qu'ils annonceront à l'avenir.
Or, à l'heure actuelle, ces engagements conduisent tout droit à une hausse de la température à la surface du globe plus proche des 3°C que des 1,5°C. Si les Etats – et particulièrement les principaux pays émetteurs comme la Chine, l'UE ou les Etats-Unis - ne prennent donc pas rapidement de nouveaux engagements, l'objectif de 1,5% deviendra très vite inaccessible. « Le rapport du GIEC indique clairement que si l'on veut limiter le réchauffement à 2°C, ils nous reste environs 200 milliards de tonnes de CO2 à émettre » expliquait vendredi le climatologue français Jean Jouzel sur base d'une première version de l'accord. « Au rythme actuel, cela prendra deux ou trois décennies. Si l'on veut se limiter à 1,5°C: il nous reste cinq ans. »
La tâche sera ardue et longue en effet, car le photographe Sebastiao Salgado nous rappelle l'état d'esprit dans lequel une bonne partie du monde se trouve actuellement: "Tout ce que l'on consomme, ce que l'on détruit, ce que l'on pollue, nous semble dû. Nous n'avons pas le droit d'agir ainsi. La planète ne peut nous fournir indéfiniment cette énergie, ces produits, sans que nous laissions derrière nous un désert.Toutes les espèces en paieront les conséquences, y compris la nôtre. Nous devons changer de comportement : considérer le développement durable et réfléchir à une éthique sociale et écologique. [...] Il nous faut tous reprendre conscience de la nature, entretenir un autre rapport à la planète. A nous tous d'engager ce mouvement".
Ce billet reprend largement des extraits de plusieurs articles du site web de la Libre Belgique daté du samedi 12 et dimanche 13 décembre 2015. Il reprend aussi un extrait d'un billet tiré du site web officiel d'Al Gore daté du 12 décembre 2015. Les propos de Sebastiao Salgado sont tirés d'un extrait du livre "Dans quel monde voulons-nous vivre ?" paru en 2015.