Les épreuves d'un exil forcé
Mon nom est Walid Issa et je viens d'Alep en Syrie. Mon pays est riche de paysages variés et la ville de Damas est une des plus vieilles ville du monde. Alep possède à la fois des quartiers anciens riches en histoire, et également des quartiers modernes. En Syrie, le niveau éducatif et culturel est très élevé, on rencontre des écrivains, poètes, ingénieurs, médecins et avocats. Mon pays offre la liberté de culte, ce qui permet aux mosquées de cotoyer les églises. Ce qui rend magnifique la région où j'habite, c'est la solidarité entre ses habitants, lors des fêtes ou dans le malheur. Ma région fournit la ville d'Alep en denrées alimentaires grâce à sa production agricole. Je possédais des terres agricoles et je gérais aussi une station-service. Mais depuis, tout a basculé. Tout être humain cherche la sécurité, le calme, le stabilité et une vie libre. En l'absence de tout cela, il est forcé d'émigrer. Dans mon pays, nous n'avons plus ces conditions de vie. La mort, la guerre, la criminalité, les armes ont pris le dessus, et nous sommes passés de la lumière à l'obscurité. J'ai toujours vécu entre ma famille et mes amis, dans mon pays, ma petite campagne. J'ai toujours rêver de voyager pour le tourisme ou le travail et de rentrer chez moi après. Mais je n'ai jamais imaginé que j'allais quitter mon pays comme réfugié... sans pays, sans maison, sans famille.
"L'ennemi, le véritable ennemi, ce n'est pas la nation voisine, mais c'est la faim, le froid, la misère, l'ignorance, la routine, la superstition, les préjugés" - Henry Dunant, fondateur de la Croix-Rouge et Prix Nobel de la Paix en 1901.
Ce qui se passe en Syrie est inimaginable... entre les bombardements aux armes lourdes, les armes chimiques, les missiles. Des bandes sont apparues, elles volent, elles kidnappent les gens et violent les lois et les droits humains. En exil, le voyage ressemble beaucoup à une catastrophe naturelle. Durant mon périple, j'ai vu de tout. De la Syrie jusqu'à la Turquie, j'ai voyagé comme clandestin sans trop de risques. Ensuite, la véritable aventure commençait : le bus pour rejoindre Istanbul, le camion ensuite, en embarcations pour traverser des eaux marécageuses, des heures à marcher en pleine forêt, dormir à la belle étoile sans couverture ni repas, puis finalement en avion entre plusieurs aéroports. J'ai traité avec toutes sortes de trafiquants entre terre, mer et air, à tous prix et en acceptant toutes leurs conditions. Ce qui m'a vraiment marqué, c'était l'entraide entre nous, clandestins. A l'aéroport de Bruxelles, un chauffeur de taxi me présente une connaissance syrienne qui m'accueille chez lui. A l'office des étrangers, c'est une journée éprouvante entre les formalités et les questions, on m'envoie finalement au centre d'Ans, près de Liège. Quand j'y parviens, on m'accueille, on m'indique ma chambre en me donnant mes affaires, et je passe enfin une nuit paisible, loin du bruit des bombardements. Au centre d'accueil, j'apprends le français. Tôt ou tard, on sera amenés à vivre ensemble en dehors du centre.
Qu'est-il devenu depuis ? Walid a été reconnu réfugié et s'est installé à Verviers où, grâce à une procédure de regroupement familial, il a pu retrouver sa famille.
Extraits remaniés d'un texte d'un réfugié repris de la remarquable bande-dessinée "Je n'ai jamais imaginé être un réfugié" de la Croix-Rouge de Belgique, 2016. Projet de l'Ecole Supérieure des Arts de la ville de Liège.

