La création des boucs émissaires
"Même s'il ne reflète pas de tendance générale, un seul crime médiatisé peut suffire à ébranler fortement le sentiment collectif de sécurité et transformer des groupes entiers en boucs émissaires (1). A l'heure d'internet et des médias sociaux, il est bien plus difficile de parer ces attaques de panique avec des informations fiables, car les citoyens peuvent s'enfermer dans des bulles médiatiques en ne retenant que les actualités qui confirment leurs idées reçues. Ils créent un monde dans lequel le nombre de crimes et de réfugiés "ressentis" dépasse de très loin les statistiques officielles, la différence étant alors expliquée par des théories du complot.
Le phénomène est favorisé par des hommes politiques qui, au lieu d'expliquer les choses, commandent de "prendre au sérieux les craintes des citoyens", quel que soit leur ancrage dans la réalité. Aimant attiser ce type de peur, ces politiques réclament ensuite le durcissement de lois censées prévenir ces menaces imaginaires."
Extraits choisis de l'article "Union européenne. Démocratie. Le référendum, arme de suicide collectif ?" paru dans le Courrier International, numéro 1451 du 23 au 29 août 2018. Article original tiré de l'hebdomadaire polonais Tygodnik Powszechny.
(1) Ces jours-ci en Allemagne, l'extrême-droite fait étalage de sa xénophobie.

