En Équateur, la militante Nina Gualinga lutte contre l’industrie pétrolière. Jeune autochtone, elle est témoin des tromperies des compagnies lorsqu'elle a 8 ans. Depuis, elle s'engage pour la sauvegarde de la forêt amazonienne. A 24 ans, sa lutte pour les droits de l’Amazonie et la justice climatique l’a conduite à des conférences à Paris (COP21), en Allemagne, à Hawaï, au Maroc, et à participer à des marches à New York aux côtés de l’acteur Leonardo Di Caprio.

En 1992, sa communauté, Sarayaku, obtenait du gouvernement équatorien un titre de propriété pour son territoire. Mais en 2001, sans consulter la population locale, l'Etat attribue une partie de celui-ci à une compagnie pétrolière. La population de Sarayaku, s'organise et repousse plusieurs missions d'exploration. Ces mobilisations ont empêché la prospection et donc l'exploitation du pétrole dans la zone. Une intense résistance pacifique s’est mise en place. Les femmes jouent un rôle décisif. Face à une telle détermination, les ouvriers et les militaires se retirent. C’est un tournant dans l’histoire de l’Equateur et Sarayaku devient une icône de la résistance. Le groupe de femmes autochtones, dont Nina fait partie, exige que toutes les activités pétrolières et minières dans la forêt amazonienne soient arrêtées. En 2003, les Kichwa de Sarayaku déposent une plainte auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) contre l’État équatorien pour violation de leurs droits fondamentaux de peuples autochtones.

Les autorités équatoriennes promeuvent les politiques d'extraction et ne respectent pas le processus de consultation préalable relative à l’exploitation des ressources sur les terres natives. Depuis plus de 25 ans, dans un contexte politique difficile, ce peuple remarquable, déterminé et inventif résiste aux intimidations, aux tentations économiques des sociétés pétrolières qui menacent sa culture et son milieu de vie. De plus, les scientifiques ont dénoncé le fait que l’activité pétrolière contamine les terres et les cours d’eau depuis quatre décennies, non seulement par des déversements accidentels, mais aussi par le déversement d’eaux de production extraites de gisements. Une enquête réalisée par l’Institut des sciences de l’environnement et de la technologie de l’Université Autonome de Barcelone (ICTA-UAB) révèle que les animaux consommés par les populations autochtones d’Amazonie sont contaminés par les activités de l’industrie pétrolière dans la région. Le combat de ces femmes se poursuit.

En 2018, Nina reçoit le prix WWF décerné aux jeunes militants de la sauvegarde de l'environnement. Lorsqu'elle et les membres de sa tribu parlent de la protection de leur environnement, il ne s’agit pas que de la terre. Il s'agit de la protection de leur histoire, leurs traditions et leur culture. Quand elle pense à l'avenir de l'Amazonie, Nina identifie une nouvelle menace: le développement du réseau routier. "Avec les routes arrivent ceux qui exploitent le bois et abattent les arbres. Et quand les animaux ne peuvent plus se reproduire, les familles n'ont plus rien à chasser et ne peuvent plus se nourrir grâce à la forêt."

Source: Courrier international