Dans Human Flow, l’artiste chinois dissident Ai Weiwei nous emmène en voyage à la rencontre des exilés du monde. Et nous fait prendre une sacrée dose de recul.

L'artiste déclare : "J’ai été détenu en Chine très longtemps, sans le droit d’avoir un passeport. Quand j’ai enfin pu en avoir un, j’ai décidé de partir moi aussi. J’étais curieux de savoir ce qui se passait dans le monde. Avec mon équipe on est allés en Grèce, à Lesbos, au Liban, en Jordanie, au Bangladesh, en Iran, en Irak, en Afghanistan… Je voulais comprendre. Comment les gens deviennent-ils des réfugiés ? Pourquoi quittent-ils leur pays pour faire un voyage si dangereux ? Comment sont-ils accueillis, dans les pays où ils arrivent ? Sont-ils traités comme des êtres humains, ou comme des problèmes qu’il faut régler ?"

"Le flux des humains est aussi naturel que celui des rivières."

Il poursuit : "Avec ce film, je veux montrer ce qu’il y a derrière l’horreur : les humains. Le flux des humains est aussi naturel que celui des rivières. L’humain a toujours migré, et on vient tous de quelque part ! Le climat, la guerre, la religion ou la famine, tous ces problèmes ont poussé nos parents, ou les parents de nos parents, à bouger, recommencer, repartir de zéro. Ça fait partie de notre histoire collective, la capacité de l’être humain à s’adapter, échanger, créer une société civilisée. Mais aujourd’hui quand il y a une tragédie, on se dit toujours : c’est leur problème. Je ne suis pas d’accord. Leur tragédie est notre tragédie, et leur tragédie, très souvent, est aussi à cause de notre implication ou de notre négligence...

Aujourd’hui, dans notre monde moderne avec tous les avantages de la globalisation, sommes-nous capables de prendre nos responsabilités et reconnaître nos privilèges, pour résoudre nos problèmes ensemble ? L’Europe est complètement divisée, chaque pays protège ses intérêts, et personne ne veut collaborer. Ça veut dire que l’Union Européenne est un échec ? Va-t-on revenir à l’ancien temps ? Rembobiner l’histoire ?"